Erol Josué soleil poudré
Erol Josué le pèlerin solitaire Né le 13 octobre 1974, il n’a jamais vraiment choisi entre les deux il a fini par en faire une seule vie.
Le vaudou, pour Erol Josué, n’a jamais été affaire de curiosité tardive ou de recherche identitaire à l’âge adulte, comme cela arrive parfois dans la diaspora. C’est un héritage transmis dans l’intimité familiale, dès le plus jeune âge, au même titre qu’on transmet une langue. Il apprend ainsi le langaj, ce vocabulaire rituel secret du vaudou haïtien, dont les racines plongent dans les langues d’Afrique de l’Ouest et du Congo, mêlées à des apports des peuples indigènes taïnos. Une langue qu’on ne traduit pas vraiment, dit-il, mais qu’on ressent dans le chant, dans la transe, dans le rêve.
À 17 ans, il est initié houngan. Ce n’est pas un aboutissement mais un commencement : le début d’une vie où le sacré et la scène ne cesseront de se répondre.
L’artiste
Comme beaucoup d’artistes haïtiens de sa génération, Erol Josué quitte le pays jeune, à 19 ans, pour Paris, où il se forme sérieusement à la danse et fonde sa première compagnie. Puis c’est New York qui l’attire, avec sa communauté haïtienne dense et vivante. Il y affine un style bien à lui : les chants et rythmes vaudous, mais rejoués avec les outils d’aujourd’hui - rock, jazz, électro. Son premier album, Regleman, sort là-bas en 2004.
Mais l’histoire d’Erol Josué n’est pas celle d’un exil définitif. Le tournant survient le 12 janvier 2010 : le séisme qui dévaste Haïti. Il rentre au pays. Non pas en simple visiteur inquiet, mais en acteur voulant participer à la reconstruction du patrimoine national, un choix qu’il présente lui-même comme une nécessité intérieure plus que comme un devoir. Deux ans plus tard, en 2012, il devient directeur du Bureau national d’ethnologie à Port-au-Prince, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.
Un homme, deux fonctions, une seule cohérence
C’est peut-être ce qui rend Erol Josué difficile à résumer : il n’est jamais tout à fait « en dehors » de l’une de ses fonctions quand il exerce l’autre. Sur scène, il dit être en conversation avec son ange, avec les lwa. Lors d’une cérémonie, la rigueur esthétique qu’il apporte à ses spectacles n’est jamais loin. Chanteur, danseur, chorégraphe, ethnoscénologue, houngan asogwe, connaisseur des plantes médicinales traditionnelles, chacun de ces titres décrit une facette du même homme, pas des rôles séparés qu’il enfilerait tour à tour.
En 2023, il publie Pèlerinaj, un second album de dix-huit titres où les chants sacrés dédiés aux divinités vaudoues croisent funk, jazz et musique électronique. Le disque, comme le personnage qui l’a conçu, refuse de choisir un camp : tradition ancestrale et modernité assumée coexistent sans tension apparente.
Contre les clichés, une vie entière
Une partie de son travail sur scène, dans les universités américaines où il est régulièrement invité, dans les médias, consiste à défaire les images caricaturales attachées au vaudou, trop souvent réduit en Occident à des poncifs de magie noire, et trop souvent stigmatisé en Haïti même, où ses praticiens sont parfois accusés d’être responsables des malheurs du pays. Erol Josué y oppose une présence : celle d’un homme cultivé, reconnu internationalement, y compris par le dictionnaire d’Oxford University, qui l’a inscrit en 2018 parmi les personnalités marquantes de la culture caribéenne et latino-américaine, et pourtant profondément enraciné dans une pratique religieuse vécue, quotidienne, transmise depuis l’enfance.
Godson MOULITE